Des applaudissements dans les couloirs, des visages qui se détendent, des repères qui reviennent. À l’Ehpad des Magnolias, à Biganos sur le Bassin d’Arcachon, les 90 résidents évacués à cause de l’incendie en Gironde sont rentrés chez eux après presque deux semaines ailleurs. Et derrière cette scène, il y a une opération sanitaire d’une ampleur que la région n’avait jamais connue.
Une évacuation en pleine nuit, et des salariés qui reviennent alors qu’ils fuyaient aussi
La nuit de l’évacuation, il a fallu sortir 90 pensionnaires. Toute l’équipe s’est mobilisée. Y compris des salariés qui n’étaient pas de service ce soir-là, et qui sont revenus à l’Ehpad alors qu’eux-mêmes évacuaient avec leur famille, raconte Wahida Abdennouri, la directrice de la résidence, à France 3 Nouvelle-Aquitaine.
Ça dit beaucoup de ce qu’ont vécu les soignants du Bassin. Ils partaient de chez eux et ils rentraient au travail en même temps.

45 établissements évacués, près de 2 500 patients et résidents déplacés
Le bilan de l’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine donne la mesure de la crise. Au total, 45 établissements sanitaires et médico-sociaux ont été évacués depuis le 22 juillet, dont 43 en Gironde et 2 dans les Landes.
Ces opérations ont concerné 2 446 patients et résidents. Parmi eux, 1 836 résidents d’Ehpad et 383 personnes en situation de handicap accueillies en foyer occupationnel, en foyer d’accueil médicalisé ou en maison d’accueil spécialisée.
À côté, les feux ont parcouru plus de 42 000 hectares en Gironde et plus de 3 600 hectares dans les Landes, avec plus de 258 000 personnes évacuées au total selon l’ARS.
Des SMUR en renfort et une cellule de crise ouverte jour et nuit
Pour tenir ce rythme, l’ARS a activé une cellule de crise et fait tourner ses agents du siège et des délégations départementales 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Entre le 27 et le 31 juillet, 45 équipes SMUR de renfort ont été mobilisées, ainsi que 39 réservistes sanitaires.
Le travail s’est fait en lien permanent avec les préfectures, les collectivités, les services de secours et les acteurs de santé, précise l’agence dans son communiqué. Coordonner les évacuations, anticiper les besoins, sécuriser les prises en charge, puis préparer les retours.
Sept « hub santé », et des résidents envoyés jusqu’à Toulouse
Les transports ont été organisés vers 7 centres d’accueil médicalisés, appelés « hub santé ». Cinq se trouvaient en Gironde, dont le Parc des expositions de Bordeaux transformé en structure d’accueil.
Les deux autres étaient carrément hors du département : un en Corrèze à Brive, un en Haute-Garonne à Toulouse. Des personnes âgées du Bassin d’Arcachon ont donc passé une partie de ces deux semaines à plusieurs centaines de kilomètres de leur chambre.
Un retour accompagné par un psychologue
Aux Magnolias, l’équipe ne cache pas l’inquiétude qui a traversé cette absence. Est-ce qu’ils vont bien ? Est-ce qu’ils seront trop chamboulés ? Est-ce qu’ils vont retrouver leurs repères ?
Un psychologue, Stanislas Le Corre, accompagne la réintégration. Son message aux équipes tient en deux idées. Il y a un potentiel traumatique réel après ce genre d’événement, et il faut pouvoir en parler. Mais il ne faut pas projeter non plus : certains résidents font preuve d’une vraie résilience, et les soignants doivent faire attention à leurs propres angoisses. Le temps dira le reste.

Où en est la réintégration en Gironde et dans les Landes
Le retour ne se fait pas au hasard. Chaque établissement doit présenter un plan de réintégration validé par l’ARS avant de récupérer ses résidents. Locaux nettoyés, équipes présentes, état de santé de chacun pris en compte.
Au moment du communiqué, l’agence indiquait :
- 37 plans de réintégration reçus
- 36 établissements autorisés à organiser les retours
- 11 établissements ayant déjà finalisé leur réintégration
- les 2 Ehpad évacués dans les Landes de nouveau en fonctionnement normal
Autrement dit, les Magnolias font partie des premiers à avoir bouclé l’opération. D’autres établissements du Bassin et de Gironde suivent encore, au cas par cas.
Deux semaines dans un lieu inconnu, à 90 ans, ce n’est pas rien. Alors voir ces résidents rentrer chez eux, applaudis dans leur propre couloir, ça reste une des rares bonnes images de cet été en Gironde. Pour suivre la suite de la reconstruction sur le Bassin et partout dans le département, reste connecté à Gavé Fier.
Sources : France 3 Nouvelle-Aquitaine (franceinfo), communiqués de l’ARS Nouvelle-Aquitaine.

