Deux mois après le mégafeu parti de Saumos, les communes girondines touchées s’apprêtent à saisir la justice contre l’État. Au Porge, où près de 200 maisons ont brûlé, le maire dénonce la lenteur des indemnisations et des réponses officielles. Derrière cette procédure, une question reste ouverte : l’incendie aurait-il pu être combattu autrement ?
Le 22 juillet, un feu partait de Saumos et se propageait en quelques jours vers Le Porge et Lège-Cap-Ferret. Deux mois plus tard, la colère n’est pas retombée. Les communes sinistrées vont porter plainte, portée par la communauté de communes Médullienne au nom des habitants et des collectivités touchées.
Une plainte annoncée par le maire du Porge
C’est Martial Zaninetti, maire sans étiquette du Porge, qui a annoncé la démarche sur les ondes d’ICI Gironde. « Nous sommes victimes et il nous est conseillé de déposer une plainte », a-t-il expliqué, selon L’Humanité. Les fondements juridiques exacts et les personnes visées par cette action ne sont pas encore connus à ce stade.
Ce recours marque une étape, pas un verdict. Les sinistrés veulent que les décisions prises pendant la progression des flammes soient examinées de près, heure par heure. Leur sentiment d’avoir été délaissés est le point de départ de la démarche, mais il ne constitue pas en soi la preuve d’une faute de l’État.
Un mégafeu qui a bouleversé Le Porge
L’ampleur du sinistre donne le vertige. Selon L’Humanité, l’incendie a ravagé environ 42 000 hectares en dix jours et détruit près de 240 habitations sur l’ensemble de la zone touchée. Au Porge, commune de 3 500 habitants, 183 maisons sont parties en fumée.
La forêt communale n’a pas été épargnée non plus. Près de la moitié des 4 500 hectares de bois du Porge ont brûlé, soit une perte estimée à 6 millions d’euros pour le budget de la commune. « Il faut trente à quarante ans pour replanter », rappelle Martial Zaninetti. Une phrase qui résume, à elle seule, le temps long de la reconstruction face à l’urgence des familles.
Des critiques sur la gestion du feu
La gestion de l’incendie a suscité de nombreuses critiques, selon L’Humanité : des habitants et des forestiers ont dénoncé la mobilisation tardive des moyens aériens, une évacuation parfois chaotique et le refus initial de pratiquer des brûlages tactiques. Des accusations que les responsables des secours ont, de leur côté, récusées, selon Bouger à Bordeaux.
La chronologie officielle apporte quelques repères. Le 23 juillet, la préfecture signalait déjà que l’incendie progressait vers Le Porge et Lège-Cap-Ferret. Ce point de situation permet de resituer la menace dans le temps, mais il ne suffit pas à reconstituer, seul, l’ensemble des décisions prises sur le terrain.
Deux mois après, la reconstruction patine
Sur le terrain, tout reste à faire ou presque. Selon L’Humanité, la mairie du Porge n’a reçu qu’une dizaine de demandes de permis de construire deux mois après le sinistre. Le maire pointe la lenteur des procédures d’assurance et des réponses de l’État, qui retardent le nettoyage des parcelles, les démolitions et la reconstruction.
Les propriétaires doivent composer avec les expertises, les assurances, la sécurité des terrains et les autorisations avant de pouvoir rebâtir. Pour beaucoup, comprendre les circonstances exactes du sinistre n’a rien d’abstrait : c’est une façon de comprendre pourquoi leur vie a basculé du jour au lendemain.
De son côté, l’État met en avant les dispositifs déployés depuis l’été. Une Maison France Services Victimes a accueilli les habitants au Porge dès le 3 août, avec des interlocuteurs pour l’aide sociale, la fiscalité et le soutien psychologique, selon Bouger à Bordeaux. En septembre, la préfecture a détaillé les mesures annoncées pour accompagner la reconstruction.
Ce que la justice devra trancher
Ces aides répondent à l’urgence matérielle. Elles ne tranchent pas la question de fond posée par les requérants : l’incendie aurait-il pu être combattu autrement au Porge ? Il faudra distinguer ce qui relève du déroulement du sinistre, des choix de secours, puis de l’accompagnement après l’incendie. Des sujets qui se croisent dans la vie des familles, mais qui ne posent pas nécessairement les mêmes questions juridiques.
Deux mois après le feu, les familles touchées poursuivent les expertises et les démarches de reconstruction pendant que la question des responsabilités arrive devant la justice. La fin des flammes n’a visiblement pas mis fin à la catastrophe pour les habitants du Porge.
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Sources : bougerabordeaux.com, humanite.fr

