Un oisillon au sol, un chevreuil qui boite, un hérisson immobile en plein soleil. Après les incendies de Juillet, les appels se multiplient en Gironde. Le problème, c’est que la plupart des gens font le bon geste au mauvais moment. Voici ce qu’il faut savoir avant de toucher un animal sauvage en détresse.
Est-ce que l’animal a vraiment besoin d’aide ?
C’est la première question, et elle évite beaucoup de dégâts. Chaque année, des centres de soins reçoivent des animaux qui n’étaient pas en détresse du tout, ramassés par des passants pleins de bonnes intentions.
Les signes qui ne trompent pas, selon la LPO : une aile qui pend, une trace de sang, un animal incapable de tenir sur ses pattes, des difficultés à respirer, ou un animal qui ne bouge pas quand tu t’approches. La plupart des animaux sauvages fuient l’homme. Si celui-là ne fuit pas, il y a un problème.
À l’inverse, un faon couché dans les herbes hautes n’est pas abandonné. Le chevreuil, comme le lièvre, cache ses petits et les laisse immobiles à l’endroit exact où il les a posés. Un jeune oiseau au sol est lui aussi très rarement abandonné.
Et surtout : toucher un jeune mammifère peut le condamner. Ses parents risquent de le rejeter ensuite. Dans le doute, on observe à distance et on appelle.

HANS LUCAS VIA AFP.
A-t-on le droit de ramasser un animal sauvage ?
Oui, dans un cas précis. La détention d’un animal sauvage est encadrée, et on ne s’improvise pas soigneur. Mais l’administration a reconnu la notion d’animal en détresse via l’instruction du 14 mai 1993 et la circulaire du 12 juillet 2004. Un particulier peut donc ramasser un animal blessé et le transporter vers un centre de soins, à condition de le faire sans attendre et par le chemin le plus direct.
En clair : tu as le droit de le transporter, pas de le garder ni de le soigner. La LPO recommande d’ailleurs de prévenir le centre avant tout transport.
Faut-il donner à boire à un animal sauvage en détresse ?
Là-dessus, les consignes varient et il faut être précis, parce que le mauvais geste tue.
Dans sa communication liée aux incendies, la LPO Aquitaine autorise un geste minimal sur les animaux déshydratés : quelques gouttes d’eau posées sur le bec, les lèvres ou le museau. Sans jamais forcer l’animal à boire. La différence entre humidifier et faire boire est mince à l’écrit, énorme dans les faits.
Du coup, le seul réflexe vraiment sûr : appelle un centre de soins avant, et applique ce qu’on te dit pour cette espèce-là.
Les gestes à faire en attendant la prise en charge.
Une fois le centre contacté, voici ce qui est recommandé :
- Mets des gants avant toute manipulation, pour éviter morsures et griffures.
- Utilise un tissu épais pour attraper l’animal en douceur. Pour un oiseau, l’obscurité le calme.
- Installe-le dans un carton fermé, percé de trous d’aération, avec du papier journal ou un tissu non effiloché au fond. Jamais une cage, il s’y blesserait davantage.
- Laisse-le seul, au calme, dans une pièce à température ambiante. Ni au frais, ni en plein soleil.
- Éloigne tes propres animaux domestiques.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire, et c’est le plus contre-intuitif : ne le garde pas contre toi, ne le caresse pas, ne lui parle pas. Un animal sauvage n’est pas habitué au contact humain. Ce que tu prends pour du réconfort est un stress qui peut lui être fatal. Sans compter le risque d’imprégnation, qui compromet définitivement son retour à la vie sauvage.

Qui appeler en Gironde ?
Un point important cet été : le centre de soins LPO Aquitaine d’Audenge a lui-même dû être évacué pendant les incendies. Deux structures restent joignables sur le secteur.
- Brigade de secours faune sauvage, Parc Animalier Sud Gironde : 06 09 93 46 22. Domaine des Bois du Cabiros, 601 route de Budos, 33720 Landiras. Créée par Patrick Meng après les feux de 2022.
- Centre de soins de la faune sauvage de Tonneins : 06 18 53 72 55. 557 allée du 9 août 1944, Parc Ferron, 47400 Tonneins. Secteur Gironde et Lot-et-Garonne.
Et une consigne de bon sens : ne va jamais chercher un animal dans une zone encore touchée par les feux ou barrée par les secours. Les routes doivent rester libres pour les pompiers.
Comment aider la faune avant la prochaine catastrophe ?
Le meilleur secours, c’est celui qu’on n’a pas à faire. Deux gestes simples, à ta portée si tu as un bout de jardin en Gironde.
Laisse un point d’eau à disposition. Une coupelle suffit, avec des pierres et des branches dedans pour que les plus petits ne s’y noient pas. En canicule, ça sauve des oiseaux et des hérissons.
Plante des végétaux endémiques en lisière. Ils servent de source de nourriture à la faune quand la forêt devient dangereuse. Rien de spectaculaire. Mais multiplié par quelques milliers de jardins girondins, ça change vraiment quelque chose.

