42 000 hectares partis en fumée depuis le 22 Juillet. On a compté les maisons détruites, les évacués, les pompiers blessés. Mais sur la faune sauvage de l’incendie en Gironde, il n’existe toujours aucun chiffre. Et d’après les spécialistes interrogés par l’AFP, il n’y en aura pas avant l’automne.
Quel est le bilan pour la faune sauvage après l’incendie en Gironde ?
Aucun bilan chiffré n’existe à ce jour. La ministre de la Transition écologique Monique Barbut a évoqué des dégâts « catastrophiques » sans avancer de nombre, en expliquant qu’il faudra attendre la fin de l’été. Les pertes les plus lourdes sont attendues chez les oiseaux, les cerfs, les reptiles et la faune du sol. Les évaluations de terrain démarreront à l’automne.
Pourquoi si tard ? Parce qu’on ne compte pas des animaux décédés comme on compte des toitures. Il faut que le feu soit fixé, que les sols refroidissent, que les équipes puissent circuler sans gêner les secours. Patrick Meng, du parc animalier Sud-Gironde, le dit sans détour : le feu reste trop intense pour intervenir sur la faune sauvage, et les routes doivent rester libres pour les pompiers.
De son côté, Olivier Thibault, directeur général de l’Office français de la biodiversité, parle d’une détresse plus silencieuse. Celle d’animaux déshydratés ou désorientés par le feu.

Une biche a Biscarosse
© Franck Leconte – France 3 Aquitaine
Juillet, un des mois de nidification des espèces.
C’est le détail que presque personne n’a en tête. En juillet, la forêt landaise est en pleine période de reproduction.
Les oiseaux nichent. Les faons restent couchés dans les fourrés, immobiles, parce que c’est exactement leur stratégie de survie face à un prédateur. Les reptiles chassent au ras du sol. Aucun de ces comportements ne protège d’un front de flammes qui avance vite.
Résultat : le feu tombe sur la génération de l’année. Et une génération perdue, ça ne se rattrape pas en une saison.
Grégoire Loïs, ornithologue au Muséum national d’histoire naturelle, insiste sur un compartiment qu’on oublie toujours : les insectes. Ceux qui vivent dans le bois ont des cycles de plusieurs années. Les larves brûlent avec le bois mort. Et quand les insectes disparaissent, toute la chaîne alimentaire au-dessus décroche.
Sa phrase la plus dure : « le territoire va se retrouver complètement inhospitalier l’année prochaine ».
Fuir les flammes ne suffit pas.
On imagine volontiers les grands animaux s’échapper devant le feu. C’est en partie vrai. Un chevreuil ou un cerf franchit une barrière de deux mètres d’un bond.
Sauf qu’un animal en panique ne calcule plus rien. Il traverse. Une route, une voie ferrée, un grillage. Les images diffusées par l’AFP le 27 juillet montraient justement des chevreuils bloqués par une barrière en lisière de forêt. Le même jour, un chevreuil mort était photographié à Andernos-les-Bains, à une quarantaine de kilomètres de Bordeaux.
Et puis il y a tout ce qui tue après. Céline Sissler-Bienvenu, spécialiste de la protection animale en gestion de crise, décrit des mortalités secondaires : intoxication aux fumées, particules plastiques dégagées par les incendies et respirées par les oiseaux. Pour les milieux aquatiques, ce sont les cendres et les molécules toxiques qui posent problème. Elle cite la Cistude d’Europe, cette petite tortue déjà touchée par les feux de 2022 dans le secteur.
Autrement dit, le bilan continuera de monter longtemps après que les fumées seront retombées.
À Landiras, une brigade de secours a été crée suite aux incendies de 2022.
Après les incendies de 2022 qui avaient durement frappé Landiras, Patrick Meng a monté une brigade de secours pour la faune sauvage, adossée au Parc Animalier Sud Gironde. Quatre ans plus tard, elle tourne à plein régime.
Depuis le début de l’incendie de Saumos, le parc accueille des chevaux, des moutons, de la volaille. La structure travaille en lien direct avec les pompiers, les mairies et un réseau d’associations.
Le problème qu’elle règle est très concret. Quand l’ordre d’évacuation tombe, beaucoup de propriétaires ne peuvent pas emmener leurs bêtes. Trop grosses, pas assez de cages ou de boxes disponibles, ou simplement pas le temps de s’organiser.
Plus de 300 animaux évacués par la SPA de Bordeaux Sud-Ouest.
À Mérignac, la SPA Bordeaux Sud-Ouest a dû vider son refuge. Plus de 300 animaux sortis en deux jours.
Ils ont été répartis chez des particuliers, chez des salariés du refuge, dans des associations partenaires et dans des pensions. Tous sont aujourd’hui en sécurité. Le refuge accepte les dons pour encaisser le choc, le lien se trouve dans sa bio Instagram.
Deux jours pour reloger 300 animaux. Franchement, c’est rare de voir un réseau se monter aussi vite.


Aider les animaux après l’incendie en Gironde : les bons réflexes.
Si tu croises un animal sauvage en détresse en Gironde, le premier réflexe n’est pas de le soigner. C’est d’appeler.
- Place l’animal à l’abri dans un carton fermé, percé de trous d’aération et tapissé de papier journal.
- Isole-le au calme, dans une pièce, en attendant son transfert.
- Si besoin, hydrate-le avec quelques gouttes d’eau sur le bec, les lèvres ou le museau.
- Ne le force jamais à boire ni à manger.
- Ne le mouille pas, ne le mets pas au frais, ne l’enferme pas dans une cage.
Les deux numéros à garder sous la main :
- Brigade de secours faune sauvage, Parc Animalier Sud Gironde : 06 09 93 46 22. Domaine des Bois du Cabiros, 601 route de Budos, 33720 Landiras.
- Centre de soins de la faune sauvage de Tonneins : 06 18 53 72 55. 557 allée du 9 août 1944, Parc Ferron, 47400 Tonneins.
Un dernier point qui compte autant que le reste. Ne va pas chercher un animal dans une zone encore touchée par les feux ou barrée par les secours. Les routes doivent rester libres pour les pompiers.
Le vrai bilan de l’incendie en Gironde pour la faune sauvage, on le connaîtra dans plusieurs mois. En attendant, les bénévoles, les associations et les pompiers font le travail avec les moyens du bord.

